Merci monsieur Alaïa

La semaine dernière, Azzedine Alaïa s’est éteint à l’âge de 77 ans, nous laissant orphelin de celui qui était peut être le dernier des grands couturiers, préférant l’aiguille au crayon.

Il construisait les vêtement directement sur les corps des femmes, les « sculptait », tirant de sa formation aux beaux-arts un rapport plus organique qu’abstrait à l’habit. Sa passion pour les matières habillantes, n’avait d’égal que son amour pour les corps féminins autour desquels ils les façonnait. Le couturier aimait à dire que la beauté des femmes était à l’origine de son inspiration.

Indépendant et atypique, il produisait à son rythme, refusant de se soumettre aux impératifs du calendrier de la mode. A ses défilés, étaient présents une poignée de journalistes et de personnalités triés sur le volet mais surtout ses clientes dont il a toujours été proche, construisant une mode à la fois spectaculaire et concrète de vêtements destinés à être portés et à magnifier les corps. Une proximité entre le créateur, le vêtement et l’acheteuse que l’on retrouvait dans sa boutique atelier du Marais, où la création côtoyait la vente.

Un amour inconditionnel des courbes féminines, faisant fi de toutes les modes qui, malgré une politique de communication minimaliste, l’a conduit à devenir un des couturier préférés des stars de cinéma à travers le monde, recherchant ces robes qui les rendraient à coup sûr sublimes sans leur voler la vedette.

Au fil des ans, il s’est créé un vocabulaire de mode restreint et unique, rendant ses pièces parfaitement identifiables.

  • Coupes ultramoulantes

Depuis ses débuts, Alaïa a été fidèle à son amour des femmes, s’affranchissant des modes pour créer de magnifiques robes sublimant les corps. Dans les années 80 à rebours d’une mode tout en épaules démesurées, il a créé la robe ultramoulante, idéale pour souligner les courbes du corps féminin qu’il aimait tant.

Ses robes bandages (également une pièce phare du récemment décédé Hervé Léger) font aujourd’hui partie des atemporels des soirées. Elles inspirent encore des milliers de copies plus ou moins réussies que l’on peut trouver dans des boutiques haut de gamme comme dans les navire amiraux de la fast-fashion.

  • Plissés mous

Le travail de la matière et sa relation au corps est au centre du travail d’Alaïa. Il exploite les caractéristiques de chaque tissu pour épouser le corps ou ou s’en éloigner.

L’une de ses astuces de style favorites consiste à texturer un tissu mou pour lui donner de la structure. Il obtient ainsi des plis aux volumes variables, donnant plus ou moins de volume au tissu sans jamais le rigidifier. Ainsi les motifs de ses plis mous ne sont révélés qu’une fois portés.

Infatigable créateur, il a inventé milles manière de donner du relief à ses tissus, avec des formes tantôt droites, tantôt alvéolaires ou ondulées évoquant un travail d’architecture.

  • Volumes

A l’opposé des robes ultramoulantes, l’on trouve dans la gamme d’Alaïa, maintes créations qui accentuent les courbes du corps en exagérant leur volume. Le plus souvent sur les hanches, magnifiant la silhouette en sablier « New look » qu’il affectionnait tant, plus rarement sur les bras ou la poitrine.

Des volumes obtenus au moyen de jeu subtils sur la matière, comme les fameux plis mous évoqués ci dessus, ou l’usage de tissus lourds, volatils ou parfois même armaturés sans pourtant que jamais le corps de la femme ne soit entravé.

  • Couleurs unies

En observant plus de 30 années de création alaïesque, il est frappant de constater à quel point sa palette de couleur est réduite.

A la manière des maîtres japonais dont il admirait l’épure graphique du trait, la quasi totalité des robes d’Alaïa se déclinent soit en noir charbon, soit en blanc pur, soit en rouge incandescent.

Un choix qui met l’accent sur la coupe de la robe et le corps de celle qui la porte.

On trouve deci delà quelques autres couleurs et des imprimés anecdotiques.

  • Textures

Les épais plissés de jersey, les bandes élastiquées évoquant les corsets, les ceintures rigides et les mousselines transparentes font parties des multiples textures mises à l’honneur par Alaïa.

Le choix de la matière et de sa texture revêtant une importance centrale dans son travail car il déterminait la forme de la création tout en apportant un effet visuel « d’imprimé » et de contrastes.

  • Une taille sanglée

Fasciné par le contraste entre les hanches et la finesse de la taille, Alaïa la moulait ou la sanglait quasi systématiquement.

Selon lui, peu importait la taille de sa cliente, du 36 au 44, ce qui comptait étaient la volupté des courbes que ses robes accentuaient.

  • Ajours

Les créations d’Alaïa montrent souvent beaucoup de peau. De manière traditionnelle, le décolleté, les bras, les jambes… mais aussi des ajours à des endroits plus innatendus, comme le dos ou les cuisses.

Toujours de manière élégante et graphique.

  • Prêt à couture

Si il fallait choisir une pièce iconique d’Alaïa ce serait certainement la robe patineuse qui rassemble toute la grammaire stylistique d’Alaïa: une taille moulante, une matière plissée « molle » moulante en haut et évasée aux hanches.

Une robe copiée de part et autres qui fait désormais partie des grands classiques de la mode.

Alors, merci monsieur Alaïa

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