Le vêtement mouvant

« La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ; »

Comment mieux décrire la fascination exercée par le mouvement des vêtements que par ces vers de Baudelaire?
J’entends les sons de la rue s’étouffer pour faire place aux froissements des étoffes lorsque le poète croise la passante.

Les vêtements accompagnent tous nos mouvements. On peut les préférer seconde peau: élastiques, soulignant les courbes du corps sans se faire remarquer. Ou plus rigides, contraignant la démarche, corsetant les rondeurs.

Alors, pas un frémissement d’étoffe.

Mais si on les choisit fluides, ils nous entourent d’un halo mouvant, subtilement sensuel voire dramatiquement spectaculaire.

Je suggère souvent à mes clientes de marcher d’un pas assuré dans la boutique pour observer l’effet du vêtement en mouvement.

1/ Le vêtement qui vole

La vitesse de la marche fait souvent lever les voiles des nippes.
Trench de conquérantes et jupes légères, forment une traîne à notre allure.
Quand ce n’est pas le vent, ce fripon, qui, Marylins, nous fait retenir nos jupons.

  • Le manteau

Pour décoller il doit avoir un peu de voilure.
Longs trenchs, manteaux de laine ou soieries printanières constitueront un gréement idéal à votre allure.

Pour encore plus de style n’hésitez pas à soigner la doublure.

  • Les robes et jupes

Au dessus du genoux, elle peuvent tourner comme dans la cour d’école ou voleter en épousant les courbes de votre corps sitôt la brise levée (je ne sais pas vous, mais moi, je demandais toujours « des jupes qui tournent » à ma maman).

Au dessous du genoux, les étoffes lourdes vous ramènent à une époque ou la marche était quelque peu empêtrée de tant de tissus alors que les matières fluides s’envolent à votre suite ou ondulent contre votre corps.

Mousseline 

Satin de soie

Légères mousselines, volants frivoles, franges années 20 ou plissés soleil seront vos meilleurs alliés pour une démarche capable de fasciner les passant(e)s, et, qui sait, de leur faire écrire une ode à votre gloire?

2/ Le vêtement qui glisse

  • Les hauts

Qu’ils soient en coton léger, en soie, en viscose ou en tricot de laine, nos tops, si ils ne sont pas ajustés, glissent sur le corps.

L’idéal est qu’ils n’y accrochent pas. Attention aux T-shirts qui marquent la petite bouée, aux chemises qui tirent au niveau des seins et aux pulls qui moulent les biceps.

(NB: je parle ici du cas où le vêtement est dessiné pour être fluide! Je ne suis pas contre les vêtements hyper moulants si c’est l’intention première).

Prenez garde également au soutien gorge traître qui va capturer la fine maille de votre T-shirt dans ses dentelles.

La recherche du top fluide parfait peut prendre du temps (surtout si on a rondeurs ou muscles je le reconnais) mais je vous promet que le jeu en vaut la chandelle! Et si vous êtes désemparée, faites appel à moi pour partir à la chasse au haut idéal.

Une fois que vous avez trouvé votre vêtement fluide parfait, jouez avec sa mollesse!

Roulottez les manches de vos chemises et pulls (et même de vos T-shirts pour un petit côté « biscotos sexys »).

Rentrez vos tops fluides dans un pantalon ou une jupe et faites les blouser!

Contentez vous de les coincer à l’avant pour une allure nonchalante.

Ceinturez les, puis faites blouser.

Ouvrez votre chemise du nombre de boutons que l’occasion permet.

Faites les nonchalamment glisser sur l’épaule.

Ou laissez les juste vivre et bouger avec vous!

La côte de maille façon Paco Rabanne est très dansante.

  • Les foulards et écharpes

Les accessoires de cou préférés des françaises peuvent se faire aussi stricts que ceux des hôtesses ou dégouliner (élégamment) sur nos tenues.

La longue écharpe fine peut traîner autour de notre tenue, séparée en deux pans.

Alors là, c’est (un chouïa) exagéré, mais vous saisissez l’idée. Anya Ziourova par style du monde.

Le foulard carré se plie en triangle avant de dégouliner sur nos pulls ou manteaux.

Le foulard oversize devient un cocon dans lequel on se love.

Maja Wyh

3/ L’accessoire qui ne tient pas en place

  • Les bracelets et boucles d’oreilles

Dans « Leurs enfants après eux », Nicolas Mathieu décrit de manière récurrente la mélodie produite par les bracelets d’un personnage.

« A chaque fois qu’elle portait la cigarette à ses lèvres, les joncs en or qu’elle avait au poignet cliquetaient joliment ».

On peut constater similaire chansonnette avec des boucles d’oreilles à pampilles.

J’aime beaucoup l’idée du bijou comme ornement mobile, scintillant et carillonnant.

  • La ceinture légère

Qui parfois s’envole.

Mouvant, le vêtement se fait émouvant. 

Si cet article vous a évoqué des images, n’hésitez pas à les partager en commentaires!

Comments
12 Responses to “Le vêtement mouvant”
  1. Loved this post! The last part about the jewellery reminds me of anklets and the role they play in Indian stories and music. Often in scenes you can hear the soft, enticing jingle of the anklets before you see the woman. Or maybe you hear the sound, but she doesn’t appear, she goes somewhere else.

    I often fall in love with the way clothes move, maybe this explains my love for viscose, silk and A-lines.

  2. Laura dit :

    Alois! I love your blog

    I live in Sydney and love my vintage markets and op shops teamed with good quality classics.

    Your post is so timely- on Saturday I bought 3 skirts at the Surry Hills Markets- all fab purchases but the mid length 1980s skirt, I should have walked in it! Whilst the fit is flattering and the pattern amazing, walking to get coffee on Sunday morning was such an effort!

  3. Carola Naranjo dit :

    Hi Alois:

    Yes, I know what are you talking about, I have some pieces with great movement, a particular blue dress it seems that it floats when I wear it, I just feel sexy, confident, feminine….
    Also Indian jewelry with many stones making a nice sound…. So nice!
    Thanks for your post!

  4. Valérie dit :

    « La jupe qui danse » a toujours du succès dans les cours d’école. Ah, les yeux qui pétillent quand je demande à une petite fille (au delà du CE1, c’est fini) si sa jupe « danse bien »…

  5. MABdePARIS dit :

    Voilà pourquoi j’aime tant lire ce blog.
    Loin des pseudo-affolements médiatiques de la blogsphère (le dernier it-bag, la nouvelle nomination de styliste ….), vous nous parlez ici de style, de coupe, de tissu.
    Oui aux jupes qui tournent, au jupon qui virevolte au rythme de nos pas, au tissu fluide mais pas collant. De la souplesse mais pas de l’avachi.
    Vivement le printemps…

  6. Eugénie, dit :

    Pour le mouvement j’adopte le trench ouvert et le foulard en soie. Chic et pratique. Par contre pour les jupes j’ai un peu plus de mal. Je trouve que sur des hanches « développées », comme le dit pudiquement Cristina Cordula, ce n’est pas terrible. Alors que le plissé soleil me fait rêver.

    • Aloïs Guinut dit :

      Ca doit être très joli!
      En ce qui concerne le plissé soleil, je suis d’accord avec vous, il ne sied pas aux hanches développées, mais des robes fluides, ceinturées à la taille comme celle de Marylin sur le gif de l’article pourraient être adorables sur vous <3

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